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Sur votre panier, combien on se met vraiment dans la poche ?

  • Photo du rédacteur: La tribu bio du Val de Scarpe
    La tribu bio du Val de Scarpe
  • 18 mai
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 mai

Panier de courses bio avec loupe et voleur de billets, illustration humoristique sur la transparence des prix en magasin bio indépendant.
On ouvre le panier : où va vraiment votre argent quand vous achetez bio ?

On a pris 6 vrais produits du magasin, leurs vrais prix, leurs vrais gencods… et on vous montre où va l’argent.


On entend souvent :

“Le bio, c’est cher !”

C’est une phrase qu’on connaît bien. Elle revient presque aussi souvent que : “Vous avez encore du pain ?” un samedi à 18h50.

Et franchement, on comprend que le prix soit une vraie question. Mais au fond, sur votre panier, combien reste vraiment au magasin ?


Alors plutôt que de répondre avec une pirouette, on s’est dit : ouvrons le capot.

Pas le capot d’une voiture électrique garée devant le magasin. Le capot de nos prix.

Chez Biomonde Val de Scarpe, nous sommes une SCOP. Cela veut dire que le magasin appartient à celles et ceux qui le font vivre au quotidien. L’argent ne part pas nourrir des actionnaires cachés à l’autre bout de la planète, ni une grande holding qui ne saurait même pas placer Saint-Laurent-Blangy sur une carte.

Quand le magasin gagne de l’argent, il reste dans l’aventure collective : 50 % sont mis en réserve pour renforcer le magasin, et 50 % sont distribués aux salariés qui travaillent dans le magasin.

En clair : pas de yacht, pas de dividendes mystérieux, pas de coffre secret sous le rayon vrac (pas la peine de chercher après, on vous voit venir 😜). Juste une équipe, un magasin, des clients, des fournisseurs… et une envie de faire les choses proprement.


Pourquoi on vous raconte tout ça ?

Parce que nous, on n’aime pas trop faire comme tout le monde.

On aurait pu garder nos chiffres dans un dossier “secret défense”, protégé par trois mots de passe, un cadenas, un piège à loups et une tisane détox posée dessus pour brouiller les pistes.

Mais ce n’est pas notre façon de voir les choses.

Nous, on pense que vous avez le droit de comprendre à quoi sert votre argent.

C’est votre panier. C’est votre budget. C’est votre choix de venir chez nous plutôt qu’ailleurs.

Alors la moindre des choses, c’est de vous expliquer honnêtement ce qu’il y a derrière une étiquette prix.


Notre panier test : 6 produits réels du magasin

On a choisi 6 produits très différents : du frais, de l’épicerie, un produit plaisir, un produit de base, un produit d’entretien.


Yaourt nature au lait entier 3760099534585 3,75 €

Huile d’olive vierge extra Vigeolive 3452010001831 17,90 €

Chocolat noir noisettes entières 3396411216299 9,90 €

Steak haché de bœuf 5% 3361114021211 6,79 €

Farine blé T65 1 kg 3760377890600 2,59 €

Liquide vaisselle Ecocert 353839000104 3,29 €

Total du panier : 44,22 € TTC


Et maintenant, la vraie question :

Sur ces 44,22 €, qu’est-ce qui reste vraiment au magasin ?

Spoiler : on ne part pas aux Bahamas avec le bénéfice du yaourt.


Où partent les 44,22 € ?

Sur ce panier de 44,22 € TTC, voilà la répartition estimée :

Répartition

Montant

Part du panier

TVA reversée

2,69 €

6 %

Montant payé aux fournisseurs

30,20 €

68 %

Charges estimées du magasin

9,46 €

21 %

Bénéfice réel estimé

1,87 €

4 %

Donc, sur un panier payé 44,22 €, le bénéfice réel estimé du magasin est d’environ :

1,87 €

Oui, 1,87 €.

Pas 10 €. Pas 15 €. Pas “ils se gavent avec le bio”. Plutôt : ils essaient de faire tenir un magasin debout, avec une équipe, un loyer, des frigos, du stock, des pertes, des fournisseurs, des charges… et beaucoup de café pour tenir le rythme.

Ces calculs sont faits à partir de nos données réelles de notre dernier bilan, avec une moyenne représentative du fonctionnement du magasin. L’idée n’est pas de faire une comptabilité parfaite produit par produit, mais de montrer un ordre de grandeur honnête.


Prix magasin bio : pourquoi la marge n’est pas le bénéfice

C’est sûrement le point le plus important.

Quand un produit est acheté 2 € HT et vendu 3 € HT, cela ne veut pas dire que le magasin gagne 1 €.

Cette différence, qu’on appelle la marge brute, sert d’abord à payer tout ce qui permet au magasin d’exister.

Dans notre cas, sur la marge brute du magasin, environ :

Utilisation de la marge

Part approximative

Charges du magasin

83,5 %

Bénéfice réel final

16,5 %

Autrement dit : Quand il reste 1 € de marge brute, environ 84 centimes servent d’abord à payer les charges du magasin.

Le bénéfice réel arrive seulement après.

Et parfois, il arrive doucement.

Pas en fanfare, plutôt en chaussons.

Et certains mois, il n’arrive pas du tout. Le principal, c’est déjà de payer les factures. 😅


Dans les charges, il y a quoi ?

Quand on parle des charges du magasin, on parle de tout ce qui est invisible quand on passe en caisse.

Dans les charges, il y a notamment :

  • les salaires et les charges sociales ;

  • le loyer ;

  • l’électricité, l’eau, le gaz ;

  • les frigos, la maintenance, l’entretien ;

  • les assurances ;

  • les frais bancaires et les frais de carte ;

  • les logiciels, la caisse, la comptabilité ;

  • les emprunts ;

  • les pertes, la casse, les invendus ;

  • le stock immobilisé ;

  • les petites réparations et les imprévus.

  • votre avantage carte fidélité : elle est offerte par le magasin : c’est une partie de notre marge que nous choisissons de rendre aux clients fidèles, plutôt que de la garder. Là encore, ce n’est pas invisible pour nous, mais c’est un choix cohérent avec notre manière de faire.

Pour donner une idée, dans nos charges de fonctionnement, la répartition ressemble à ça :

Type de charge

Part approximative

Salaires + charges sociales

50 %

Loyer, énergie, entretien, assurances, comptabilité, frais bancaires, services…

44 %

Amortissements du matériel et des aménagements

4 %

Intérêts et frais financiers

1,5 %

Taxes et autres petites charges

0,5 %

Voilà pourquoi la marge n’est pas “ce qu’on met dans la poche”.

La marge, c’est ce qui permet d’ouvrir la porte le matin, d’allumer les frigos, de payer l’équipe, de vous conseiller, de gérer le stock, de prendre les risques sur les produits frais… et de continuer à exister comme magasin indépendant.

Bref, derrière une étiquette prix, il y a tout un petit monde. Et parfois un frigo qui décide de faire sa diva, toujours au mauvais moment.


Exemple concret : le yaourt

Le yaourt nature au lait entier est vendu 3,75 € TTC.

Étape

Montant

Prix payé par le client

3,75 €

TVA

0,20 €

Prix payé au fournisseur

2,84 €

Marge brute magasin

0,71 €

Charges estimées

0,59 €

Bénéfice réel estimé

0,12 €

Sur ce yaourt, le bénéfice réel estimé est donc d’environ 12 centimes.

On aime beaucoup les yaourts. Mais à 12 centimes de bénéfice estimé, on va éviter de lancer l’empire international du laitage.


Exemple concret : l’huile d’olive

L’huile d’olive vierge extra Vigean est vendue 17,90 € TTC.

Étape

Montant

Prix payé par le client

17,90 €

TVA

0,93 €

Prix payé au fournisseur

11,86 €

Marge brute magasin

5,11 €

Charges estimées

4,27 €

Bénéfice réel estimé

0,84 €

Là, le prix peut sembler élevé.

Mais déjà, 11,86 € repartent vers la filière fournisseur.

Et sur les 5,11 € de marge brute, il faut encore payer tout le fonctionnement du magasin.

Résultat estimé : 84 centimes de bénéfice réel.

Donc non, l’huile d’olive ne finance pas une piscine cachée derrière le magasin. Déjà, on n’a pas la place. Et dans le Pas-de-Calais, il faudrait surtout chauffer l’eau, c'est pas écolo.


Exemple concret : le chocolat

Le chocolat noir noisettes entières est vendu 9,90 € TTC.

Étape

Montant

Prix payé par le client

9,90 €

TVA

0,52 €

Prix payé au fournisseur

6,30 €

Marge brute magasin

3,08 €

Charges estimées

2,57 €

Bénéfice réel estimé

0,51 €

Même sur un produit plaisir, avec une marge plus confortable, le bénéfice réel estimé reste autour de 51 centimes.

Le chocolat fait du bien au moral. Mais il ne transforme pas un magasin indépendant en multinationale du cacao.


Et nos fournisseurs dans tout ça ?

Très important : le prix payé au fournisseur n’est pas non plus “tout bénéfice” pour lui.

Dans beaucoup de filières bio, locales ou engagées, le prix de départ est déjà plus élevé car plus juste. Pas forcément “plus cher” pour le plaisir d’être plus cher, mais plus proche du vrai coût du travail.

Derrière un produit, il y a des producteurs, des transformateurs, des salariés, du transport, des emballages, des contrôles, des certifications bio, de l’énergie, du stockage, des pertes et beaucoup de contraintes.

Et surtout, dans ces filières, on essaie souvent de mieux respecter le travail de celles et ceux qui produisent. Le prix n’est pas construit pour écraser tout le monde au maximum. Il est construit pour que chacun puisse vivre correctement de son métier.

C’est aussi pour ça qu’un produit bio, local ou engagé peut sembler plus cher au départ. Mais parfois, ce n’est pas lui qui est “trop cher”. C’est peut-être simplement le prix normal d’un produit cultivé, fabriqué, transporté et vendu correctement.

Parce qu’il ne faut pas l’oublier : derrière certains prix très bas du conventionnel, il y a aussi des coûts cachés. Quand un prix est artificiellement tiré vers le bas, la différence ne disparaît pas par magie. Elle peut se retrouver ailleurs : dans les aides publiques, dans les subventions, dans l’impact environnemental, dans les conditions de travail… et parfois, au bout du compte, sur notre feuille d’impôts.

Oui, c’est moins visible qu’une étiquette prix. Mais ça existe quand même.

Chez nous, on préfère défendre une autre logique : un prix plus lisible, plus honnête, plus juste. Pas parfait, bien sûr. Mais plus transparent.

Derrière chaque prix, il y a toute une chaîne :

producteur → transformateur → fournisseur → transporteur → magasin → équipe → client.

Quand vous achetez un produit chez nous, vous ne payez pas seulement un produit. Vous contribuez à faire vivre une filière, des familles.

Et dans une filière saine, l’objectif n’est pas d’écraser tout le monde pour sortir un prix au plus bas. L’objectif, c’est que chacun puisse vivre correctement de son travail.

C’est moins spectaculaire qu’une promo “-70 % jusqu’à épuisement de la dignité”, mais c’est beaucoup plus durable.


Notre logique : des prix raisonnables, pas des marges gonflées

Notre objectif n’est pas de faire de grosses marges.

Notre logique, c’est plutôt l’inverse :

garder des prix raisonnables, travailler avec de petites marges quand c’est possible, et compenser par le volume.

On veut permettre au plus grand nombre de consommer bio :

un peu, beaucoup, passionnément… chacun à son rythme.

On ne prétend pas être les moins chers sur tout, tout le temps. Ce serait mentir, et on a dit qu’on évitait les dossiers “secret défense”.

Mais on cherche à être justes :

  • justes avec les fournisseurs ;

  • justes avec l’équipe ;

  • justes avec le magasin ;

  • et les plus raisonnables possible pour les clients.

Plus vous êtes nombreux à venir faire vos courses chez nous, plus on peut continuer à défendre cette logique de prix justes.

Donc oui, on va le dire franchement et avec le sourire :

si vous aimez notre magasin et que vous voulez nous aider à garder des prix raisonnables, faites-le découvrir à vos amis, vos voisins, vos collègues, votre belle-sœur, votre cousin sceptique, et même votre pote qui pense encore que le bio, c’est uniquement des graines pour oiseaux.

On l’accueillera gentiment. Promis, on ne lui jettera pas de quinoa.


Ce qu’on veut défendre

On ne veut pas vendre du rêve. On veut vendre de bons produits, au prix le plus juste possible.

Le prix d’un produit, ce n’est pas juste une étiquette. C’est une histoire de filière, de travail, de choix, de charges, de convictions et d’équilibre.

Et parce que nous sommes une SCOP, quand le magasin avance, ce sont celles et ceux qui le font vivre qui en bénéficient directement : le magasin se renforce, l’équipe est associée aux résultats, et l’argent reste dans le projet local.

Pas dans une holding lointaine dans une tour de bureaux avec des plantes vertes artificielles hors de prix. Pas dans la poche d’actionnaires qui ne savent pas où se trouve Saint-Laurent-Blangy.

Ici, l’argent reste dans le magasin, dans l’équipe, dans le territoire.

Alors non, le bio n’est pas toujours le moins cher.

Mais chez nous, on essaie qu’il soit le plus juste possible.

Et si demain vous regardez une étiquette avec un œil un peu différent, alors cet article aura servi à quelque chose.


Bref, maintenant vous savez où va votre argent.

Et rassurez-vous : s’il nous arrive un jour de devenir milliardaires avec 12 centimes de bénéfice sur un yaourt, on vous promet une grande fête au rayon vrac.

Et ne vous faites pas mal au dos, aucun lingot n’est caché sous le rayon vrac. On a vérifié. Deux fois.

 
 
 

2 commentaires

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Nathalie
18 mai
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci pour cette transparence Seb ! Le bio cohérent c'est le bio à prix juste, pour toute la filière. Déçue quand même qu'il n'y ait pas de piscine cachée ;-)

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Maggy
18 mai
Noté 5 étoiles sur 5.

Je confirmes... beaucoup de café.... et un grand merci à nos clients... fidèles ou nouveaux.

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