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Fruits et légumes : pourquoi les prix vont augmenter après cet été complètement dingue

Photo du rédacteur: La tribu bio du Val de Scarpe
La tribu bio du Val de Scarpe
il y a 7 jours
7 min de lecture
augmentation de prix des fruits et légumes

On va commencer par ce que vous risquez de remarquer assez vite dans notre rayon fruits et légumes : le prix des fruits et légumes sont plus chers.

Et parfois, histoire d'en rajouter une couche, ils pourront aussi être plus petits, moins réguliers ou moins jolis.

Alors forcément on va entendre dire :

« Attendez… elle est plus petite ET elle est plus chère, votre courgette ?! »

Ben oui.

Et non, personne n'a décidé de lancer la courgette premium millésime 2026. 😁

Pour comprendre ce qui se passe sur l'étiquette, il faut simplement remonter quelques semaines en arrière… et regarder ce qui s'est passé dans les champs.


L'été 2026 : on a tous eu chaud. Les cultures aussi.

On l'a vécu, on a eu chaud et on a mal dormi.

On a fermé les volets, vécu dans le noir en pleine journée, attendu le soir pour ouvrir les fenêtres et parfois regardé notre ventilateur comme s'il était devenu notre meilleur ami.

Sauf que dans un champs, impossible de fermer les volets ou d'allumer la clim.

Et les chiffres officiels publiés par Météo-France sont assez dingues : l'été 2026 est le plus chaud enregistré en France depuis 1900, avec une température moyenne supérieure de 3,6°C aux normales 1991-2020.

La France a cumulé 53 jours en vague de chaleur et environ 40 % de pluie en moins sur l'ensemble de l'été. Début août, la sécheresse des sols atteignait même un niveau inédit à l'échelle nationale.

Donc non, ce n'était pas simplement : « Bah, c'est l'été, il fait chaud. »

C'était exceptionnel.


Quand une plante manque d'eau, elle ne fait pas un régime. Elle essaie de survivre.

Une plante a besoin de soleil et de chaleur.

Mais trop, c'est trop.

Quand les températures s'envolent et que l'eau manque, les cultures subissent un stress hydrique et thermique. Leur développement peut ralentir, les rendements diminuer, les calibres devenir plus petits et la qualité se dégrader.

Et ce n'est pas une supposition.

Donc cet automne, une carotte légèrement tordue, une pomme plus petite ou une courgette qui n'a clairement pas remporté Miss Courgette 2026…ce n'est pas forcément un mauvais produit.

C'est aussi la réalité d'une agriculture qui travaille avec le vivant.


Prix des fruits et légumes : pourquoi vont-ils augmenter après cet été ?


Voilà LA question.


Et si votre salaire dépendait de la météo ?

Prenons un comptable.

Ce mois-ci, il reçoit 30 % de factures en moins à traiter.

Son patron ne débarque normalement pas dans son bureau en lui annonçant :

« Bonne nouvelle Jean-Michel, moins de boulot ! Par contre, on enlève 30 % à ton salaire. »

Même chose pour un professeur.

10 % de ses élèves sont absents lundi matin ? Il ne perd pas 10 % de son salaire du mois.

Et heureusement !

Pour l'agriculteur, le fonctionnement est radicalement différent.

S'il devait récolter 100 tonnes et qu'il n'en récolte finalement que 70, ce sont potentiellement 30 tonnes qu'il ne pourra jamais vendre.

Ses principales charges, elles, n'ont pas diminué de 30 %.

Le matériel est toujours à payer.

Les semences ont été achetées.

Les salariés ont travaillé.

Les assurances, bâtiments, terres, carburant et emprunts sont toujours là.

Et certaines dépenses peuvent même augmenter lorsqu'il faut davantage irriguer (quand l'eau est disponible et que l'irrigation est possible).

Le comptable peut avoir 30 % de dossiers en moins sans perdre 30 % de son salaire. L'agriculteur qui récolte 30 % de moins peut réellement perdre une grosse partie des recettes qu'il attendait.

C'est là qu'on comprend mieux la hausse des prix.

Lorsque les quantités disponibles diminuent fortement, le producteur doit malgré tout essayer de faire vivre son exploitation. Et quand la baisse de production touche tout un marché, une offre plus faible face à la demande pousse également les prix vers le haut.

FranceAgriMer l'a d'ailleurs constaté cet été : sur plusieurs marchés déficitaires, notamment la salade, la tomate et le concombre, les prix ont été en hausse.

Attention toutefois : 30 % de récolte en moins ne signifie pas automatiquement 30 % d'augmentation du prix.

Mais retenez surtout ceci :

Un prix agricole qui augmente ne signifie pas forcément que l'agriculteur gagne plus. Il peut augmenter précisément parce qu'il a beaucoup moins à vendre.


« Oui, mais le bio est déjà plus cher… »

Oui.

Sur certains produits, le bio est plus cher (mais pas toujours surtout en fruits et légumes).

On ne va pas vous raconter que vous avez halluciné devant l'étiquette.

Mais ce prix rémunère aussi un autre mode de production.

L'agriculture biologique restreint strictement l'utilisation de produits chimiques de synthèse et privilégie notamment les rotations, les ressources naturelles et renouvelables et des méthodes alternatives. Son cahier des charges vise notamment la préservation des ressources naturelles, de la biodiversité et des sols.

Produire ainsi demande du travail, des savoir-faire et peut conduire à des rendements différents.

Et c'est aussi ça qu'on paie.

Pas simplement une tomate avec un logo AB.

On rémunère des gens plus justement et une façon de produire.


Alors pourquoi ne pas simplement produire moins cher en conventionnel ?

Parce que ce serait prendre le problème à l'envers.

Et soyons clairs : il ne s'agit pas ici de mettre tous les agriculteurs conventionnels dans le même sac. Beaucoup font évoluer leurs pratiques et sont eux-mêmes les premières victimes du dérèglement climatique.

Mais on sait aussi que certaines pratiques agricoles intensives ont des conséquences sur les sols, l'eau, la biodiversité et le climat.

Parce qu'un sol, ce n'est pas juste le truc marron sous nos chaussures.

C'est une véritable éponge vivante.

Un sol vivant, riche en matière organique et correctement structuré, aide l'eau à s'infiltrer et à rester disponible. Un sol dégradé est davantage exposé au ruissellement et à l'érosion.

Et avec les sécheresses que nous allons devoir affronter, notre capacité à conserver l'eau dans les sols va devenir capitale.

D'ailleurs, si ce sujet vous intéresse, regardez le documentaire : Paysans du ciel à la terre.

Tourné dans les Hauts-de-France, il part justement des coulées de boue observées dans notre région pour aller à la rencontre d'agriculteurs qui cherchent à retrouver des sols vivants et plus résilients.

À voir. Vraiment.


Et derrière tout ça, il y a des gens, exemple avec la ferme des Blancs Moutons

Les rendements, les calibres, les tonnes…

Ce sont des chiffres.

Mais derrière, il y a surtout des hommes et des femmes qui doivent vivre de leur travail.

Et nous avons un exemple très concret avec la ferme de Michel avec laquelle nous travaillons : la Ferme des Blancs Moutons, à Brunémont.

Ils cultivent notamment des lentilles, pois chiches, blé, oignons et haricots verts que vous retrouvez en magasin.

Cette année, leur difficulté ne vient d'ailleurs pas directement de la sécheresse : ils ont subi un important problème sur leur récolte de blé.

Et lorsqu'une récolte est perdue, ce n'est pas seulement « dommage pour le blé ».

C'est du revenu qui disparaît.

Alors que les charges engagées pour produire, elles, ont déjà été payées.

La situation est devenue suffisamment difficile pour que la ferme lance une cagnotte en ligne afin de pouvoir continuer son activité.

Et tout à coup, notre histoire du comptable et de ses 30 % de factures en moins paraît beaucoup moins théorique.

Quand on parle de soutenir nos producteurs locaux, ce n'est pas juste une jolie phrase à imprimer sur un tote bag.

C'est aussi accepter que celui qui produit notre nourriture doit pouvoir en vivre.


Et malheureusement… il faut probablement s'habituer à tout ça

C'est la partie qu'on préférerait ne pas écrire.

Parce que oui :

On a eu chaud.

On a mal dormi.

On est restés enfermés derrière nos volets.

On s'est plaint.

Et franchement, parfois à raison.

Mais ce que nous venons de vivre n'est pas juste un été pourri qui va gentiment rester dans les livres d'histoire.

Météo-France est très clair : l'été 2026 préfigure les étés auxquels nous pourrions être confrontés à l'avenir. Dans une France à +4 °C, les températures moyennes de cet été correspondraient même à celles d'un été ordinaire.

Relisez tranquillement cette dernière phrase.

Un été comme 2026 pourrait devenir ordinaire.

On sait depuis des années que le climat change.

Aujourd'hui, ça commence à devenir très concret dans notre quotidien.

Demain, ça le sera aussi dans notre alimentation et dans son prix.

Les récoltes souffrent.

Les agriculteurs souffrent.

Les charges augmentent.

Les rendements deviennent plus aléatoires.

Et oui, malheureusement, cela risque de continuer à exercer une pression sur le prix de notre alimentation.

Toutes notre alimentation depend de l'agriculture.


Alors, on fait quoi ?

Certainement pas arrêter de manger. Ça paraît compliqué. 😁

On peut par contre commencer par accepter que la nature ne produit pas des légumes calibrés comme une usine fabrique des boulons.

Manger davantage de saison. Accepter un calibre plus petit.

Ne pas rejeter un légume simplement parce qu'il est un peu biscornu.

Soutenir les producteurs locaux quand on le peut.

Continuer à choisir des agricultures qui protègent davantage les sols, l'eau et la biodiversité.

Et surtout comprendre ce qu'il y a derrière un prix.

De notre côté, au magasin, notre boulot ne change pas : chercher le meilleur rapport qualité-prix possible et rendre le bio aussi accessible que nous le pouvons.

Mais nous ne demanderons jamais à un agriculteur de travailler à perte pour pouvoir afficher une tomate 20 centimes moins chère.

Parce qu'il faut choisir ce qu'on veut défendre.


Une tomate n'a jamais promis d'être parfaite

Pendant des années, on nous a habitués à vouloir des fruits et légumes :

beaux, gros, parfaitement calibrés, disponibles toute l'année…

et surtout pas chers.

Finalement, c'était peut-être ça qui n'était pas normal.

Alors cet automne, si vous trouvez une petite pomme, une carotte tordue ou une courgette qui semble avoir eu une vie compliquée… regardez-la autrement.

Elle aura peut-être poussé pendant l'été le plus chaud jamais mesuré en France à ce jour.

Et si elle coûte quelques centimes supplémentaires, posez-vous aussi cette question :

Derrière mon prix, est-ce que celui qui m'a nourri peut encore vivre de son travail ?

Parce qu'un fruit parfait, on peut s'en passer.

Des agriculteurs, beaucoup moins. 🌱

 
 
 

1 commentaire

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Invité
il y a 6 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Très clair et très bien écrit !

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